Psycho Taxi

Feu du Destin de la Conscience Solaire, version 1 sur 160.
Dispositif de performance, technique mixte, vidéo, voix, musique, bande sonore.
Projet Psycho Taxi, 18’08, Poésie sonore cinématographique.

Vous voyez une caravane foraine, une de celles dont la façade rappelle étrangement une de ces vieilles caravanes de voyante. Sur la pancarte on peut lire l’enseigne lumineuse Psycho Taxi et une lumière signifiant libre ou occupé. Au bout de quelques minutes d’attente les portes s’ouvrent, des personnes sortent, c’est votre tour.

Vous êtes seul ou accompagné de quelques proches. Vous entrez et vous vous installez. Les sièges sont confortables et le plafond est orné d’un ciel étoilé. Vous êtes invité à tirer une carte, une pièce puis un dé.

Les lumières s’éteignent pour laisser place à la projection du ciné-concert.

Parmi 160 possibilités, la partition de la performance et désignée par les éléments du tirage. L’ouverture se fait avec un paysage défilant. Le traitement de l’image, le murmure de la voix-off et le caractère atmosphérique de la bande sonore suggèrent le rêve. 

Comme un lien, un passage, un pont sémantique entre réalité et imaginaire, chaque voyage commence en voiture. Puis, par un montage parallèle, les scènes désignent tour à tour objets, lieux, couleurs, formes, architectures, plantes, minéraux, animaux, masques ou gestes dans un langage mystérieux se dessinant par associations d’idées visuelles. Ces visions apparaîtront comme un poème cinématographique. 

Actuellement en production, le projet est pensé comme un entre-sort dans lequel on pénètre pour vivre une performance de ciné-concert privé. 

À la frontière de l’installation, de la musique, du sound design, de la performance, du cinéma et de la poésie, Psycho Taxi convoque la forme d’un manège simulateur forain et celle d’un drive-in inversé.

La banque de données que nous sommes en train de mettre en place contiendra chacune des versions de performances enregistrées par avance: 160 films différents correspondants aux 160 possibilités de scénarios, 160 partitions d’éléments musicaux à improviser ainsi que 160 partition de voix. 

Les principes de tirage et de probabilité utilisés sont inspirés par l’étude d’oracles populaires (Tarot de Marseille, Yi King, Runes Celtes et l’Oracle de Belline).

Nous voulons utiliser la formation d’images psychiques par le biais de stimulus suggérés à travers le son, le visuel, et le texte est un dialogue de soi à soi. 

Comme dans le cinéma métaphysique de Lynch, de Jodorowsky ou de Tarkovski, il s’agit d’invoquer l’âme sensible du spectateur pour lui destiner ce récit de road-trip mental.

En s’appuyant sur les travaux d’une lignée de philosophes symbolistes (C.G. Jung, Gaston Bachelard, Mircea Eliade, Gilbert Durand), ce projet porte en lui la tentative de faire le lien entre la dimension plus matérielle de la raison et celle plus sensitive de l’imagination, entre la part consciente et la part inconsciente. 

Le phénomène d’introspection est une idée contemporaine. Calmer ce flot incessant d’informations extérieures, défocaliser son attention du réel pour la diriger vers l’idéel, ne plus regarder le palpable mais l’immatériel, quitter le visible pour l’invisible, regarder ce qu’il se passe à l’intérieur de soi sont des moyens d’y parvenir. 

Se retrouver seul dans un espace clos, retiré de l’agitation et du bruit, voilà comment débute un moment secret. On se sépare du monde, que ce soit pour un jour, une heure ou un instant, nous voilà transformé en ermite solitaire sur la piste de la transe ordinaire d’un rêve raconté comme une histoire, ou d’une histoire racontée comme un rêve. Comme une méditation du hasard dont les objets ont été dictés par le destin, l’involontaire et le non-conscient du public sont sollicités du début à la fin.

Après dix minutes, le véhicule finit sa course et l’écran se fige. Les portes s’ouvrent, et l’extérieur vous accueille à nouveau.